Les bêtas. Ces fameuses versions pré-release de jeux qu’une portion réduite de joueurs du grand public est sensée « tester » avant sa sortie. Coup de génie marketing pour certains, outil formidable pour partager son point de vue directement avec les concepteurs pour d’autres, elle sont devenues ces dernières années à la mode au point d’en faire un standard pour tous les grands titres du jeux vidéo et ceux qui prétendent vouloir accéder à ce rang. Celle dont on entend le plus parler en ce moment est celle de l’inévitable Stacraft II.

En ce qui me concerne, je n’ai que très peu de bêtas à mon actif, et pour une raison. Je trouve que la majorités des « bêtas » faites ne sont que des coups marketing destinés à créer un buzz autour d’un titre, s’éloignant de l’idée principale qui est de mener des tests grandeurs nature et tenir compte des retours des joueurs. Tout au plus certaines statistiques seront modifiées avant la sortie pour montrer que la bêta a eu une quelconque influence, mais en règle générale il n’y a aucun changement majeur de fait sur ces catégories là. La bêta de votre jeu a une date de fin irrévocable, peu importe l’avis des joueurs et parfois même des développeurs? Il y a de grandes chances que ça soit une bêta marketing. Et servir de vecteur à une quelconque opération de publicité de ce genre ne me plaît guère.

De fait, je n’ai participé en tout et pour tout qu’a trois bêtas dans ma modeste vie de joueur: celle de Heroes of Might and Magic Kingdoms, celle de DemiGod et celle d’Elemental: War of Magic. Cette dernière est actuellement en cours et encore dans ses premières phases. Elle aura lieu jusqu’à la sortie du jeu, prévue en septembre 2010.
Étant donné qu’il s’agit de la première bêta à laquelle je participe que l’on pourrai qualifier de « vraie » bêta (dans le sens où on joue vraiment aux testeurs et débogueurs de base sur un produit très loin d’être fini), qu’elle porte sur un genre de jeu que j’affectionne particulièrement (gestion/Stratégie), que le titre reste assez obscur (avouez-le, vous avez levé un sourcil interrogateur en lisant le nom du jeu, genre: « squoi ce truc? ») et que l’accès à la bêta n’est lié à aucune clause de confidentialité, je vais tenter de tenir un petit journal de la bêta ici même, a raison d’un article par semaine, sous réserve qu’il y ait suffisamment de matière pour pouvoir en faire un article potable.

Commençons par le jeu en lui-même. Elemental: War of Magic. Qu’est-il donc? Il s’agit d’un jeu de gestion/stratégie dit « 4X ». 4X pour eXplore, eXpand, eXploit, and eXterminate dans l’expression originale, qui donne eXploration, eXpansion, eXploitation et eXtermination en Français. Le représentant de ce genre de jeu le plus connu est Civilization IV qui depuis sa sortie croule sous les reconnaissances diverses, aussi bien côté joueurs que côté marchants. On pourra aussi noter qu’Eve Online, Age of Wonders et Sins of a Solar Empire sont d’autres titres connus entrant dans cette catégorie de jeux, réputés pour leur complexité, leur richesse et la durée moyenne fort élevée d’une seule de leur parties (comptez 7 heures au minimum pour un Civilization IV, 2 heures pour un Sins of a Solar Empire, et en théorie, jamais de fin pour Eve Online).

L’histoire prend place dans un univers médiéval-fantastique, où le monde d’Elemental, ravagé par une guerre entre divinités n’est plus que ruines et désolations. Le joueur sera invité à travers son avatar, un souverain sachant manier la magie, à faire revivre ces terres, y fonder un royaume et choisir l’une des voies s’offrant à lui (conquête, diplomatie, etc.) pour imposer sa domination sur ce nouveau monde. Votre royaume sera composé de villes qu’il faudra fonder une à une avec votre souverain pour exploiter les ressources naturelles, rechercher de nouvelle technologies, lever des troupes et accomplir des quêtes.

Voilà quoi ressemble la bêta actuellement. Dissuasif, non?

Développé et édité par Stardock, connue pour être la société derrière Impulse, concurrent encore trop méconnu de Steam, et derrière quelques autres jeux comme Galactic Civilization I et II, il s’agit d’un titre qui voit les choses en grand. Le créneau des 4X médiévaux-fantastiques n’ayant pas eu de grand titre digne de ce nom depuis la série des Age of Wonders, remontant à une bonne dizaine d’année, Brad « Frogboy » Wardell, le PDG de Stardock, a décidé de combler ce trou avec un titre reprenant la plupart des ingrédients ayant fait le succès des différents opus de Civilization IV en y apportant sa touche.
Entre autres, on pourra évoquer comme éléments propres à Elemental:
- La conception de A à Z des unités que l’on utilisera, dans la limite des technologies découvertes: il n’y aura que très peu d’unités pré-construite, le joueur étant invité à concevoir ses propres unités en fonction de ses besoins et moyens. Unité dont l’apparence est entièrement personnalisable.
- La présence de dynasties, avec votre souverain à la tête de l’une d’elle, pour peu qu’il trouve à se marier afin d’avoir des descendants, qui pourront jouer un rôle diplomatique et militaire important.
- La présence d’un zoom stratégique à la Supreme Commander
- La possibilité de désactiver le moteur 3D afin de jouer sur une carte en 2D pour les configurations modestes
- Des outils de moddings offrant de grandes possibilités (cartes, factions, unités, modèles 3D…)
- Un multijoueur en ligne pouvant marcher sur deux modes: le Peer to Peer classique, utilisé par tous les jeux stratégies actuels, où l’ensemble des machines d’une partie se répartissent la charge de calcul en s’alignant sur la moins performante; et un mode de jeu plus proche des FPS, puisque impliquant un serveur dédié, sur lequel pourra être hébergé des parties au déroulement et aux règles à définir au bon vouloir de l’administrateur du serveur.
- Un multijoueur avec un maximum de 32 participants à une partie.
- Des cartes dont la taille maximale est largement supérieure à ce qu’on pouvait voir sur Civilization IV
- L’implémentation de l’Impulse Reactor, qui est le penchant Stardock des fonctions ingame de Steam.

Impulse Reactor à l'oeuvre.

A cela, il faut ajouter quelques éléments propres à la philosophie de Stradock: aversion pour les DRM, les droits du joueur et une communication franche et directe, loin des entourloupes du marketing, ce qui devrait en rassurer pas mal sur la qualité future du titre.

La bêta est sensée se dérouler en 5 étapes:

- Bêta 1: implémentation et tests des mécanismes de gameplay de base (automne 2009)
- Bêta 2: implémentation et tests du multijoueur en ligne (printemps 2010)
- Bêta 3: implémentation et tests du moteur graphique 3D (printemps 2010)
- Bêta 4: implémentation des bataille tactiques et développement de l’IA (Été 2010)
- Bêta 5: implémentation des outils de modding (fin été 2010)

Actuellement, nous somme proches de la fin de la bêta 1, qui traîne en raison de l’insatisfaction des testeurs devant un grand nombre de bugs et plantages encore présents. Il ne s’agit pas d’une étape « amusante » à proprement parler, car les testeurs de cette étape sont ceux qui élaguent le terrain autant au niveau technique (drivers, stabilité, crashes…) qu’au niveau des mécaniques de jeux balbutiantes, et doivent jouer sur la carte 2D du jeu, certes typée avec une apparence de carte en parchemin mais rapidement frustrante pour jeu des années 2010. Frogboy est d’ailleurs plus qu’explicite d’ailleurs lorsqu’on aborde ce sujet avec lui: il n’y aura pas de « fun » avant au moins la bêta 3, si ce n’est après. Et c’est quelque chose qu’on ressent dès la cinématique d’introduction de la bêta 1, qui est une parodie des vieilles intro des différents opus d’Ultima, dont Frogboy est un grand fan (avec couleurs, effets et son 8bits d’époque…).

Voilà l'écran qui s'affichera à l'intro de la bêta. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a de l'humour, le Brad.

Dernier point à savoir, et qui risque de faire grincer pas mal de dents: l’accès à la bêta n’est possible que sur pré-commande d’un exemplaire du jeu, et ne dépend que de la volonté des développeurs d’introduire de nouveaux testeurs. Certains pourront dire que c’est du chantage pour pouvoir jouer au jeu avant tout le monde. Ça pourrai être vrai si le jeu était sur le point d’être fini, ce qui est loin d’être le cas en l’état actuel des choses. Une carte en 2D, aucun effet sonore en partie, pas de musique, IA à la ramasse car uniquement doté du strict minimum pour les tests, sauvegardes corrompues, fuites de mémoire, crashs et bugs à répétitions… La bêta d’Elemental n’a rien à voir avec la « bêta » de Stracraft II, par exemple, qui lui est déjà largement achevé au niveau technique et n’attend que les derniers caprices des pros-gamers coréens au niveau de l’équilibrage pour sortir. Et en ce sens, le fait de devoir pré-commander un exemplaire avant de pouvoir espérer être intégré à la bêta n’est pas une mauvaise chose: c’est quelque chose qui stoppera net dans leur élans tous les joueurs kikoolol pour qui bêta est synonyme de jouer avant tout le monde pour ne laisser passer que ceux qui sont vraiment intéressés par ce projet au point d’y investir leur argent. De plus, on sera d’autant plus sûr que ces personnes seront enclines à réellement consacrer une partie de leur temps libre à tester le jeu et faire des retours sur les problèmes rencontrés.

Voilà ce qu’il faut globalement savoir d’Elemental. A présent, dès le week-end prochain je commencerai cette « chronique » de bêta testeur d’Elemental, vous tenant au courant des derniers changements, des bugs que j’aurai rencontrés et m’efforcerai de faire le relais de l’actualité essentiellement anglophone de la bêta.
On se revoit au week-end prochain!