C’est la fête en ce moment dans le camp des arriérés technologiques que sont les ayant(droit et autres sociétés vivant de droits d’auteurs:le neuveu fanch’Mit qui veut à tout prix lancer l’usine à gaz d’Hadopi malgré l’absence de décrets d’applications et de logiciels de sécurisation prévus par la loi, la Shueisha qui se fend d’un édito (‘ttention, site avec pubs NSFW) et traitant les scanneurs de mangas de tous les noms et la dernière en date, un article d’Eric P. Sherman, PDG de Bang Zoom de son état, annonçant la mort de l’industrie de l’anime si les gens ne se mettent pas très vite à acheter des DVD par bennes entières.

Qu’est-ce que Bang Zoom? Une société spécialisée dans le doublage US pour les animes, qui voit ses revenus diminuer au fur et à mesure de la chute des ventes de séries aux US, et qui n’est pas content de la tournure que prennent les choses. Mais là encore, il s’agit de fustiger les téléchargeurs illégaux et de jouer, sur un ton qui me paraît presque pathétique, les victimes suppliant qu’on les soutienne afin de pouvoir continuer leur métier de PASSION.

C’est un discours qui a le dont de m’énerver à chaque fois que je l’entend, car il implique rien de moins que de vouloir mettre de côté l’évolution des mœurs et de la demande concernant nombres de médias pour faire du « business as usual » et ne surtout rien changer. Et non messieurs les éditeurs, vendre des films, des séries ou de la musique n’est pas une exception dans le dur monde entrepreneurial: les marchés évoluent en permanence et les exigences des clients avec, comme dans toutes les autres branches de bizness: savoir s’adapter a cette demande et trouver sa place de façon viable avec un modèle économique approprié est une des fonctions sinon la principale des dirigeants d’entreprises, qui est complètement à l’opposé de la philosophie de rentiers que semble avoir beaucoup de monde dans le milieu des « contenus » ludiques, qu’ils viennent de France, d’Amérique ou du Japon.

Normalement à ce niveau, lesdits « rentiers » répliquent en arguant du fait que pour faire leur beurre, ils n’ont d’autre choix que de s’accrocher au modèle déjà établi, une évolution dans le sens des clients n’étant absolument pas viable et faisable techniquement selon eux. Ce à quoi beaucoup de monde réplique qu’ils n’ont qu’a crever, ils ne manqueront à personne et le fansub fera tout aussi bien leur travail à leur place.

Mais essayons de nous élever un peu et de proposer autre chose que cette réponse, qui fait peu cas de ceux qui tentent de vivre de ce métier sans être des rentiers s’exclamant « j’y ai droit, j’y ai droit! » en permanence. Ils ne sont pas nombreux je vous l’accorde, mais il y en a qui en valent bien la peine. De plus, j’écarte volontairement la solution type « Licence Globale » qu’ils ont également l’air d’avoir en horreur, pour notre plus grand malheur d’ailleurs.

Résumons d’abord les exigences du marché:
- Disponibilité immédiate, totale et non-limitée géographiquement
- Choix de traductions sous-titrées: sorties rapides mais traduction pas au top / sorties prenant plusieurs jours mais traduction mieux soignée / traduction propre / traduction otaque (avec les « -kun » et autres japonismes courrants)
- Qualité d’image supérieure à ce que propose actuellement le DVD
- Ne pas être l’esclave d’une norme technique fermée peu interopérable (DVD, BluRay, HDDVD…)
- Ne pas être limité à une plate-forme technique (Platine DVD ou BluRay)

Du côté des éditeurs, on assumera qu’ils cherchent avant tout à éviter « l’hémorragie » que semble constituer pour eux le « piratage » tout en voulant rester sur le marché des contenus.

Illustration par Huke. Non, rien a voir avec le sujet, je kiffe juste cet artiste.

L’objectif premier de ces messieurs est donc d’éviter que la moindre vidéo sous droit ne se fasse la malle sur les réseaux P2P à peine celle-ci révélée. Question: où les fansubbeurs vont-ils chercher les raws qui sert de base à leur travail? Sur les réseaux Japs. Où ces derniers se les procurent-ils? Sur les chaines de télévisions Japs.
Autre question: est-ce que la diffusion à la télévision rapporte plus que ce qu’elle ne fait perdre au studio d’animation et aux éditeurs? Étant donné l’importance que semblent accorder ces derniers au piratage, rien n’est moins sûr. Si c’est le cas, il ne serai que logique d’abandonner purement et simplement la diffusion à la télévision, pour opter pour une forme de diffusion qu’il seraient plus à même de contrôler: comment voulez-vous savoir qui a fait quoi sans mettre tout le monde sous surveillance orwellienne si n’importe qui peut enregistrer un programme télé sur son disque dur numérique et faire ce que bon lui semble du fichier enregistré?

Mais s’il n’y a plus de télé, quel moyen utiliser? Les DVD? Même problème: ils sont rippables et peuvent être facilement uploadés sur le web par la suite. Le Web lui-même? Mais si on diffuse les contenus sans contrôle, le problème se reproduira!
Mots clés de la phrase précédente: « sans contrôle ». Question: quand un fichier est échangé sur le net, quels sont les acteurs impliqués? Il y a ceux qui mettent à disposition le fichier, et ceux qui en téléchargent une copie. Si l’on passe par une diffusion Web, ceux qui mettent à disposition le fichier devront obligatoirement se fournir sur la plate-forme de distribution en ligne, n’ayant plus d’autres sources, d’accord?
Dans ces conditions, pourquoi ne pas « marquer » les fichiers achetés par les clients avec un numéro d’identifiant? En association avec un service de veille des réseaux pirates, c’est un système qui permettrait de rapidement pingler les contrevenants à la licence d’utilisation de l’œuvre, sous certaines conditions:

Il ne faudra pas que ce soit quelque chose qui puisse être démonté en deux frappes de clavier et trois clics par le premier informaticien du dimanche qui passe. Genre les informations d’en-tête du fichier, très facilement modifiables. Quelque chose de plus solide comme le mélange de l’identifiant aux données vidéo brutes du fichier serai plus judicieux, quitte à changer la méthode de mélange et récupération du numéro pour chaque fichier afin d’embrouiller les pirates et leur faire perdre leur temps pour chaque épisode plutôt que de leur offrir la possibilité de pouvoir débloquer tout un catalogue ou toute une série d’un seul coup.
Il faudra également rendre obligatoire la saisie d’une adresse physique réelle pour chaque client afin d’éviter les comptes bidons. Au pire, on pourra se contenter de ses coordonnées bancaires pour un achat, qui sont forcément reliées à une adresse et une personne physique, donc pas de risque de vendre à clients « fantômes ».

En parallèle, il faudra offrir aux clients les possibilités suivantes:
- Un service en ligne à la Steam, regroupant tout les achats du client et permettant à celui-ci de les re-télécharger à volonté
- Ledit service ne devra souffrir d’aucune limite géographique. Le net est mondial et les internautes ont du mal à accepter qu’on s’en tienne encore aux vieilles limites des frontières pour un tel support.
- Les traduction sous-titrées devront être impérativement disponibles dans la semaine suivant la version originale du contenu, elle-même devant être mise à disposition le plus vite possible. En guise de plus, il pourrait être proposé aux groupes de fansub de soumettre leurs traductions à la plate-forme en ligne afin de l’offrir gratuitement aux clients ayant acheté l’épisode correspondant. Avec en prime un accès spécial pour les responsables des teams qui pourront fournir diverses statistiques sur leurs traductions.
- La licence d’utilisation spécifiera bien que l’acheteur se voit conférer le droit d’utiliser sans limite de temps ses fichiers dans les limites de la loi sur autant de supports techniques compatibles qu’il le souhaite, tant que le visionnage reste dans le cadre familial.
- Elle devra également évoquer clairement les risques qu’encourt l’acheteur si jamais un fichier marqué de son identifiant venait à être retrouvé sur les réseaux warez.
- Aucun DRM ne devra être apposé sur les fichiers, autre que l’identifiant du client noyé dans les données vidéos, qui permettra de retrouver les contrevenants à l’aide du service de veille des réseaux pirates.

Viable, pas viable? Cher? Impossible? Café ou chocolat? Je ne sais guère: d’une part je ne suis qu’un amateur ayant quelque connaissances techniques tentant d’apporter une réflexion un peu plus poussée que celles habituellement émises sur le sujet et d’autre part, il faudrait soumettre ce modèle aux avis des deux parties, afin d’en étoffer les détails. Ah mais je suis bête: j’ai un blog, c’est a ça que ça peut servir, non?