Sire, regardez ce que j’ai trouvé ce matin dans les provisions Royales! Oui, c’est un rat. Non, juste un rat ordinaire. L’un de nos chasseurs Royaux l’a frappé avec quelque chose de dur. Une « baguette » je crois… Naturellement, j’ai ordonné aux serviteurs d’installer des pièges. Une heure plus tard, j’ai trouvé cette lettre attachée à l’un d’entre eux. Laissez-moi vous la lire, Sire.

« Agenouillez-vous devant moi, habitants de la surface à la peau lisse! Moi, Roi Rat le cinquième, souverain des souterrains, commandeur des Murinés Royaux, pourfendeur de chats, fait de vous mes sujets! Je vous ordonne d’approvisionner ma cour avec les plus fins fromages. Nous voulons des Goudas! Des Pecorinos! Des Cheddars! Échouez à répondre a ces demandes et votre royaume mourra d’un millier de petites morsures! Et aussi, nous avons la peste. »

Vous ne pouvez excuser telle impudence, votre Majesté! C’est un défi qu’il vous faut relever! D’après mes sources, ce Roi Rat est connu pour posséder l’Orbe de Sidrian, une puissante relique de l’antiquité. Un artefact de cette puissance pourrai s’avérer très utile, votre Majesté… Si ce Roi Rat veux du fromage, nous allons lui en donner… Non, je voulais dire du fromage métaphorique, Sire. Plutôt comme une épée. Peut-être un hache. Quelque chose dans ce genre là.

Ce que vous venez de lire, c’est Majesty 2. Un jeu de gestion/stratégie développé par 1CInoCo et publié par Paradox Interactive pourvu de mécanismes de jeux originaux et jouant sur le second degré dans son fond, comme vous avez pu le constater, même si ça n’est pas forcément à se rouler par terre.

L’histoire de Majesty 2 se déroule au paisible royaume d’Ardania, devenu le plus sûr du monde grâce aux combat acharné de la grande lignée de souverains du royaume, qui ont combattu sans relâche dragons, ogres, nécromanciens et autres parasites médiévaux-fantastiques toujours aussi prompt à aller dévorer des putains de paysans sans raison valable, si bien que plus aucune menace n’est présente sur les terres d’Ardania lorsque le Roi Léonard monte sur le trône. Mais hélas, ce dernier s’ennuyait, et s’inquiétait de son image. Sans dragons à pourfendre, sans démons à combattre, sans hommes-Rats à exterminer, comment pouvait-il tenir la comparaison face à ses glorieux ancêtres?
Il ordonna donc a ses magiciens de lui invoquer un démon des enfers, afin de l’affronter en duel et prouver ainsi sa valeur. Bien entendu, il demanda expressément à ce que le démon invoqué fut un familier quelconque, contre lequel il ne risquerai rien, mais qu’il pourrai aisément faire passer comme un monstre invincible auprès de ses sujets.
Hélas, les magiciens échouèrent… Ou plutôt, réussirent à invoquer ce Démon Invincible, qui ne fit qu’une bouchée du Roi ainsi que de tous les autres prétendants aux trône s’étant par la suite présenter devant lui afin de le renvoyer en enfer…
Sauf vous, le dernier obscur descendant de la lignée royale d’Ardania. Retrouvé par l’un des conseiller de l’ancien Roi, il vous faudra apprendre les bases de la gestion d’un royaume, rétablir l’ordre sur Ardania qui depuis est devenu à nouveau un paradis à mangeurs de putains de paysans, avant d’affronter enfin le Démon pour lui botter ses fesses braisées.

Concrètement, le jeu se présente sous la forme d’un RTS tout ce qu’il y a de plus classique. On construit des bâtiments, on recrute des unités, on achète des upgrades. Classique. Mais que diriez-vous si vous n’aviez aucun contrôle direct sur vos unités? C’est le principe et ce qui fait la force de Majesty 2 (et du premier aussi accessoirement, mais comme je n’y ai pas touché, je me garde bien d’en parler).
Vous disposez d’un bâtiment central qui est le palais royal et de quelques maisons de paysan en début de partie. Votre palais doit tenir coûte que coûte, sans quoi la partie est perdue.
Vous n’avez qu’une seule ressource à gérer, qui est l’or, et qui ira se récolter… à l’aide de taxes sur vos paysans et sur différents acteurs économiques de votre ville. Taxes qui sont collectées automatiquement a intervalles régulières par des collecteurs d’impôt.
Vous pouvez construire quatre type de bâtiments différents: les guildes, les bâtiments économiques, les bâtiments défensifs et les temples.

Voilà à quoi ressemblera votre base-ville en début de partie. Au centre, votre chateau abritant gardes, collecteurs d'impôts, et putains de paysans.

Les guildes vous permettront de recruter des héros. Les bâtiments économiques vous fournissent des revenus supplémentaires. Les bâtiments défensifs regroupent les différents types de tours de défenses disponibles. Et enfin, les temples sont des sortes de super guildes, constructibles uniquement à certains endroits sur la carte. Jusque là, rien de bien sorcier vous me direz, si vous avez déjà touché à un RTS.

Sauf que… Les unités que vous recruterez, vous n’en aurez aucun contrôle direct. Vos « héros » sont dotés de leur propre personnalité et ont tous leurs préférences pour l’une ou l’autre tâche. Les rangers aiment explorer. Les chevaliers répondront sans faillir aux appels de défense. Les Clercs soigneront tout ce qui a la moindre égratignure. Les voleuses pilleront toutes les tombes qu’elles trouveront et s’enfuiront comme les lâches qu’elles sont à la moindre difficulté.
Le seul moyen dont vous disposez pour les amener à faire quelque chose d’utile, c’est de définir des missions à l’aide de drapeaux que vous poserez sur la map, avec à la clé une récompense sonnante et trébuchante pour le ou les héros qui accompliront les missions. Il existe 4 types de drapeaux: un d’attaque, que l’on peut poser sur des monstres ou bâtiment ennemis, un drapeau de défense, que l’ont peut définir sur ses propres bâtiments ou unités, un drapeau d’exploration, que l’on peut poser n’importe où sur la map afin qu’un de vos héros aille voir ce qu’il s’y passe et enfin un drapeau de peur, indiquant à vos héros une zone à éviter à tout prix.

L'inévitable moteur physique Havok sera de la partie

Comme vos héros sont dotés de personnalités propres, il ne répondront pas systématiquement au moindre appel que vous lancerez et n’iront pas bêtement se jeter dans la gueule du loup si la bataille n’est pas en leur faveur, et encore moins si vous proposez une récompense ridicule en regard de leur niveau. Car oui, comme dans tout RPG classique, en butant du streum vos héros vont prendre des niveaux et ainsi augmenter leurs stats, et looter l’or que les monstres auront sur eux en plus de récolter celui offert pour l’accomplissement de la quête que vous avez définie. Cet or leur servira à s’acheter de l’équipement et des potions, que vous leur proposerez dans les bâtiments économiques dont vous disposerez, moyennant le lancement d’une recherche pour chacun des items.
Il faut savoir également qu’au fur et à mesure que vous construirez de bâtiments dans votre base, des maisons de paysans vont venir se construire autour de vos bâtiments. Vous n’avez là encore aucun moyen de contrôler l’emplacement de ces maisons, qui se construiront là où vos putains de paysans voudront bien les mettre. Et tant pis pour eux s’ils construisent leur maudite bicoque pile sur le chemin qu’empruntent régulièrement de petits groupes de squelettes qui veulent aller mettre la pagaille en ville, si elle est détruite, ils iront la reconstruire ailleurs de toute façon… Mais cela affectera vos revenus fiscaux. Car oui, vos paysans constituent, en plus de main d’œuvre pour la construction de vos bâtiments, une de vos principale source de revenu. Il faudra donc veiller à ce qu’ils ne se fassent pas trop tuer par les hordes de loup, de squelettes, de dragonets, d’ours, de minotaures… et de tout autre monstre neutre qui ne pense qu’a aller venir titiller vos ouailles.
Pour récolter ces impôts, vous avez des collecteurs d’impôts qui font régulièrement le tour des baraques de paysans ainsi que des guildes, où sont logés vos héros qui donc à ce titre payent aussi l’impôt, et des bâtiments économiques. S’ils meurent en cours de route, l’argent qu’ils transportaient jusqu’à votre trésor sera perdu; il faudra donc assurer une sécurité relative dans votre base malgré le spam de monstres neutres qu’il vous faudra affronter.

Votre base sera constament attaquée par des monstres neutres. Vous pouvez réduire le spam en vous attaquant à leurs deumeures qui les génèrent régulièrement.

Ce sont là les deux gros défis du jeu: assurer une sécurité relative dans votre base, afin de dresser une économie solide qui vous permettra de financer les missions nécessaires aux accomplissement de vos objectifs. La sécurité s’acquiert en plaçant astucieusement les guildes où vos héros retourneront régulièrement pour aller dormir et buteront tous les monstres qu’ils croiseront au passage avec une combinaison de tours de défense placées aux points clés à tenir (par exemple: devant les égouts spammant des rats que vous aurez inévitablement en agrandissant votre base); ces mêmes tour fournissant un garde pouvant se débarrasser éventuellement d’un monstre qui se serai égaré et un collecteur d’impôt qui viendra prêter main forte à ceux déjà présents dans votre palais. L’économie s’acquiert en construisant un marché et une forge, dans lesquels il faudra rechercher les différents articles que pourront y acheter vos héros (potions, pendentifs, équipements, …) et en allant capturer sur la carte des points spéciaux générant des caravanes qui une fois arrivé à votre marché ajouteront une jolie somme à votre trésor.

Un batiment qui spamme des Imps. Enfin, plus pour longtemps avec ce drapeau d'attaque que je lui ait mit dessus.

Dit comme cela avec ce gros mur de texte, ça peut ne pas sembler très intéressant, mais je vous recommande tout de même d’essayer le jeu. La démo est disponible ici (en anglais, pas de version française), mais elle reflète hélas assez mal la qualité du jeu final, dans le sens où elle ne propose que deux missions: la première missions de la campagne qui est le tutoriel, et une mission de survie durant un temps donné qui est impossible à faire si on ne connait pas le jeu suffisamment.
Vous aurez rarement le temps de souffler avec Majesty 2, même si, et c’est ce qui en fait son intérêt à mes yeux, on ne devra pas être un cliqueur fou pour arriver à ses fins. Et pouvoir gagner dans un RTS sans avoir à faire 300 APM, j’aime. Beaucoup. Et mes doigts aussi.
Le fait de n’avoir aucun contrôle direct sur vos héros diminue drastiquement le nombre des actions à mener. Cela permet également de ne pas rendre un Build Order (construction d’une série précise de bâtiment en début de partie) imba au point d’obliger tout le monde à l’utiliser en multi; dans la mesure où vous ne pouvez pas contrôler directement vos unités, le gain de quelques pièces d’or que vous auriez fait avec votre BO étudié pendant 15 heures risque d’être réduit à néant si votre héros se jette comme un con dans la gueule du loup et meurt… il vous faudra allonger la monnaie économisée pour le ranimer.
L’apparence générale du jeu est agréable, et vous vous surprendrez régulièrement à observer la fourmilière qui vous tiens lieu de ville, regarder vos héros vaquer à leurs occupations en se posant des questions existentielles telles que « To build, or to bash? » pour les nains ou « Did I put up a pie before I left? I better go check… » pour les rangers.

Voilà au ton auquel vous aurez droit tout au long de la campagne. En même temps, c'est pas comme si ce jeu se prenait au sérieux.

A mon grand regret, Majesty 2 est un jeu essentiellement destiné au solo. Avec les 16 missions de sa campagne et sa vingtaine d’autres missions indépendantes, il vous occupera un bon moment sachant qu’il au minimum pas loin d’une heure pour terminer une mission de difficulté raisonnable. Difficulté qui est assez bien dosée d’ailleurs, même si certaines missions tiennent de l’horreur (mon dieu, la mission où il faut tuer le Dragon, vous serez VRAIMENT content de la finir celle là).
Il existe bien une partie multijoueurs mais elle est limitée à 4 joueurs et est encore assez buggée, même si paradox interactive fait de son mieux pour la corriger.
On regrettera également l’absence d’un générateur de carte aléatoire et la possibilité d’affronter une IA autre que scriptée dans des scénarios: à en croire les développeurs, ils n’ont pas encore réussi à faire gérer à une IA le mécanisme de jeu de Majesty 2. Ce que certains joueurs trouvent assez bizarre, car le premier majesty, fonctionnant sur le même principe était doté d’une telle IA.
La campagne permet par contre, chose assez rare qui est le désir de beaucoup de joueurs de RTS, de conserver certains de vos héros d’une mission à l’autre en les anoblissant puis en les rappelant via un bâtiment spécial. Et sortir votre clerc de niveau 24 pour aller aider votre pauvre armée de niveau 10 en moyenne, c’est priceless :D .

Lui, c'est Rafnir. Et il vous fera chier. Grave.

Est-ce le jeu du siècle? Non, car il lui manque quelque caractéristiques digne d’un jeu moderne. Si on a droit à un éditeur de scénario, l’absence d’une partie escarmouche fait tâche face aux RTS concurrents. Et puis, il manquera toujours quelque chose à un RTS moderne qui n’inclut pas de zoom stratégique. Sérieusement. Et quoi qu’en disent les gens haut placé de chez Blizzard: ces gens là n’ont jamais joué à SupCom…
Le jeu manque par moment de lisibilité également, on a du mal à distinguer certains monstres qui peuvent se fondre dans le décor (combien de fois suis-je passé à côté d’un squelette en train de casser des maisons, tellement fins qu’on les voit à peine…); heureusement, leurs effets sonores très distincts permet de les repérer si on passe à proximité, mais nous n’avons pas d’alertes sonores générales si jamais un bâtiment isolé se fait attaquer: il n’y en a une que pour votre palais.
Est-ce qu’il vaut le détour malgré tout? Oui, sans hésiter. Ne serai-ce que pour son gameplay qui vous met plus dans la peau d’un maître de jeu de MMORPG que dans celle d’un héro devant XP-looter en permanence.