Annoncé il y a un peu plus d’un mois, Black Rock Shooter – Innocents souls a vu son premier chapitre sortir dans la parution de juin de Young Ace, et après avoir réussi à mettre la main sur une version écrite dans un langage compréhensible, il est temps de découvrir ce que nous réserve cette mouture de l’univers, adaptée des personnages de huke et des éléments embryonnaires de l’univers autour duquel ils semblaient graviter.

Le synopsis du manga nous annonçait que l’on suivrait les péripéties d’une jeune fille dans le monde chaotique de Hazama, situé entre le paradis et la Terre et où s’échouaient régulièrement les âmes trop lourdes de pêchés de ceux qui avaient fauté sur Terre.
L’identité de la jeune fille en question ne fait pas débat malgré quelques différences mineures par rapport à l’original; si le poncho, les bas noirs et la robe blanche de courte taille viennent se substituer à la tenue habituelle de Black Rock Shooter, on reconnait sans problème son regard de saphir blasé, sa sombre chevelure asymétrique et la flamme qui s’échappe de son œil gauche en pleine action. Hazama pour sa part hérite des paysages torturés remplis de damiers noir et blanc des illustrations de huke, et l’apparition en dernière page de ce premier chapitre d’un autre personnage bien connu de « l’univers » du dessinateur achève de convaincre qu’on a bien affaire là à une tentative de construction d’un univers cohérent avec le matériel de base, et pas à quelque chose de générique collé à la va-vite pour pouvoir profiter de la licence (je te regarde, BRS The Game sur PSP).
Mais il convient de se limiter à parler de tentative pour le moment, car juger de cet effort sur un seul chapitre est prématuré; seule une partie plus importante de l’histoire pourra nous fixer définitivement sur le point, même si au vu des premiers éléments cela commence plutôt bien.

Sur le contenu du chapitre en lui-même, il n’y a rien de bien transcendant à noter, la courte histoire s’y déroulant posant les bases de l’univers. Le personnage principal, qui se fait appeler « Rock », se voit dotée d’une attitude de kuudere: discrète, distante et ouvrant rarement la bouche. Ça ne l’empêche pas de servir par deux fois de ressort comique, une fois à cause de son estomac, et une autre fois pour nous faire découvrir son complexe vis à vis d’une certaine partie de son anatomie féminine sous-développée. Petit aparté sur ce dernier point, je suis le seul à trouver que ça deviens franchement lassant le coup du personnage féminin qui complexe sur son tour de poitrine dans les animes/mangas? Ça me parait d’autant plus mal placé ici avec Rock/Black Rock Shooter, le personnage étant tout de même très loin de la midinette de harem.
Ce détail mis de côté, l’attitude du personnage colle globalement aux impressions ressenties sur les illustrations d’origines de huke et à l’attitude de Black Rock Shooter dans l’OAV. Il a toutefois fallu que l’auteur ajoute un compagnon à Rock qui soit un peu plus bavard et expressif, ce afin de ne pas laisser le lecteur dans l’interrogation comme pour dans l’OAV avec les passages dans le monde alternatif totalement muets. La forme qu’il a lui permet de ne pas prendre le pas sur le personnage principal tout en restant une composante essentielle de celui-ci. Je n’en dit pas plus, ce sera à vous de le découvrir.

Le manga est un mensuel, ce qui signifie que nous aurons droit à nouveau chapitre tous les mois; nous avons le temps de voir la suite arriver. Il est dessiné par Sanami Suzuki, illustre inconnu ayant récemment commencé sa carrière en tant que mangaka, ayant à son actif seulement deux autres mangas peu connus. Le trait du monsieur n’est pas des plus agréables et fait un peu brouillon à mon humble avis, mais il se pourrait que la qualité du support que j’ai pu obtenir soit en partie à blâmer pour cela. Une chose que l’on note rapidement cependant, une des traces significatives de huke a été reprise par Suzuki: les yeux. huke a pour habitude de dessiner de larges pupilles décorées de trois cercles concentriques fait d’un ton plus clair par rapport à la couleur des yeux et l’auteur du manga a repris ce trait de style a son avantage. Il faut dire que ces yeux, depuis l’OAV qui les mettait en contraste avec les pupilles non-cerclées du monde normal, sont devenus la marque des habitants de Hazama.
On pourra également noter l’effort du mangaka pour se rapprocher du style de huke au moins au niveau des planches colorées de son manga.

D’une manière générale, je reste plutôt satisfait de la tournure que semble prendre ce manga et qui me redonne un peu espoir sur la franchise, mais il est toutefois évident que je ne saurai avoir un avis définitif à partir d’un seul chapitre. Je perçois notamment un écueil dont seul le temps passé pourra nous dire qu’il aura été évité: celui du fanservice. Non pas au sens « petites culottes dans tous les coins pour satisfaire le public toujours acquis des pervers pépères », mais au sens premier du terme: vouloir faire plaisir aux fans de la franchise, même au détriment de l’histoire. Une forme de fanservice qu’on retrouve dans l’OAV à travers l’apparition de Black Gold Saw et Strength, qui a part servir de prétexte à vendre des figurines et réjouir ceux qui comme moi connaissaient un peu les fondement de Black Rock Shooter, n’ont servit strictement à rien dans le scénario de l’OAV. Tout aussi grand que soit mon désir de voir d’autres personnages dessinés par huke dans cette histoire, si cela se fait détriment de la cohérence globale de l’histoire cela ne pourra que renforcer le sentiment de machine à fric qui se dégage de cette licence sur trop de points.