Je pense que tout le monde l’aura remarqué, mais en ce moment plus jamais, il est de bon ton de taper sur tout ce que le net compte de réseaux « pirates ». Entre la Shueisha qui lance une attaque mondiale contre les sites de scantrad et les mangaka qui traitent leurs clients de voleurs immoraux ou leur souhaitent de mourir d’un cancer, je ne sais pas vous, mais moi je me sens habillé pour l’hiver avec toutes ces critiques.

Critiques qui me cassent passablement les oreilles. Non pas que je soit un fervent défenseur du tout gratuit ou fasse partie de ces « fans » qui avancent un « droit d’accès gratuit à la culture » sortit de nul part pour justifier leurs actes tout en envoyant chier les auteurs.
Mais ma frustration est basée sur un constat simple: ce n’est pas tant le public qui a décidé du jour au lendemain de faire la nique aux acteurs de l’industrie rien que pour les embêter que l’immobilisme de ces mêmes acteurs face à la montée en puissance du Web comme vecteur de médias au cours de ces dix dernières années et l’évolution en conséquence de la demande de son public, ne tolérant plus des délais à rallonges et la qualité parfois plus que discutable des éditions officielles. Et pire que tout: cet immobilisme a engendré un réseau alternatif pirate tellement solide qu’il serai parfaitement capable de survivre de lui-même si l’industrie venait à s’écrouler et bon nombre de ses acteurs et utilisateurs le savent pertinemment, raison pour laquelle certain d’entre eux se permettent de narguer les éditeurs en avouant ouvertement télécharger mais ne pas acheter par derrière, pour des raisons souvent fallacieuses.

Si le comportement de ces personnes me donne souvent l’envie de leur filer des baffes, je ne puis toutefois mettre leur responsabilité à égalité avec celles des éditeurs et autres acteurs professionnels du milieu, qui semblent avoir oublié une règle élémentaire du système économique dans lequel nous vivons: c’est à l’offre de s’adapter à la demande, et non l’inverse. Et c’est parce qu’ils ont été incapables de répondre à la demande moderne que le milieu de l’animation et du manga a vu grandir sous ses yeux un réseau de distribution animé par ces mêmes « demandeurs » du marché, initialement pour attirer leur attention sur la présence d’un marché qu’ils pourraient exploiter. Mais c’est une philosophie qui s’est petit à petit diluée au profit de la reconnaissance pure et simple de leur désir de remplacer les acteurs de distribution actuels, soit de façon temporaire en cessant toute distribution une fois la diffusion d’un anime ou d’un manga annoncée par un éditeur légal, soit de façon définitive pour les groupes les moins scrupuleux.

Jusque là relativement apathique à ce sujet, l’industrie se réveille d’un coup en cette année 2010, sous l’impulsion des japonais qui décident enfin de s’intéresser à ce que deviennent leurs produits hors de leurs îles. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’un genre de réaction qui a comme un air de déjà vu avec certains ayant-droits concernant une certaine industrie musicale. C’est à croire que dans tous les milieux impliquant des droits d’auteurs, on soit naturellement incapables d’envisager que les temps changent et que ô mon dieu, il faut s’adapter aux conditions du marché… Avec une mentalité pareille, je me suis toujours demandé comment ils avaient réussi à survivre dans ce dur monde de l’économie de marché qu’est le nôtre…
Bref. Il s’agit d’une réponse classique à base de répression et de dénigrement de ceux qui consacrent leur temps libre et leurs compétences à faire le travail qu’ils devraient normalement faire. Et ce genre de réponse me donne de l’urticaire depuis quelques années maintenant…

Le pompon a été décroché par Rei Hiroe, connu pour être l’auteur de Black Lagoon, qui a récemment déclaré sur son twitter qu’il espérait voir mourir d’un cancer tout ceux qui font du téléchargement illégal (attention, lien moyennement sûr pour votre travail).

Il se trouve que j’entre dans la catégorie de population visée par la souhait de Monsieur Hiore, ainsi qu’une très grosse partie, pour ne pas dire la majorité, des amateurs de japanime. J’estime cependant ma pratique du téléchargement être un moindre mal, dans la mesure où la totalité des séries téléchargées pour ma part se retrouve achetée par mes soins dès qu’une édition en un langage compréhensible se trouve à portée de moi et mon portefeuille. Et concernant Black Lagoon, je ne l’ai même pas téléchargé, la réputation de l’œuvre a suffit à me la faire acheter une fois parue en France, et je n’ai pas regretté mon achat. Jusqu’à maintenant. Car j’ai soutenu financièrement quelqu’un qui souhaite ma mort par cancer, et qui me l’avoue ouvertement en public via son compte Twitter. Et ça fait mal au cul. A un point que je ne pouvait rester sans réagir.

Il faut que je fasse quelque chose pour faire clairement comprendre à ces messieurs qu’insulter leur clientèle n’est pas une démarche très constructive, surtout quand on s’assoit sur ses acquis et qu’on ignore superbement l’évolution du marché. Mais quoi? Une pétition de protestation? Vous avez déjà vu une pétition faire bouger quoi que ce soit vous? Répondre à chaque fois par un article au niveau des insultes envoyées? Ça soulage peut-être sur le coup, mais ça ne mène à rien et les acteurs concernés nous ayant déjà démontré l’absence d’une cellule de veille technologique en leur sein, je doute qu’ils soient ne serai-ce qu’au courant qu’un petit bout de web ne l’entend pas de cette manière. Appeler au boycott? Soyons sérieux deux minutes: je ne fait figure d’aucune « autorité » dans le milieu des amateurs de japanime que je fréquente d’une part, et d’autre part quand bien même ce serai le cas, tout le monde n’en fera qu’à sa tête de toutes manières.

J’ai réfléchit plusieurs jours durant à ce que je pourrai bien faire, avant de me rendre à l’évidence que je ne pourrai sans doute pas déclencher une contre-attaque massive et collective à la hauteur de la baffe reçue. D’une part, c’est tout simplement prétentieux de ma part de vouloir faire ça et d’autre part c’était un désir né sous l’impulsion du choc reçu, qui s’est petit à petit atténué à mesure du temps.
Nénamoins, je voulais toujours faire quelque chose au moins à mon niveau, ne serai-ce que pour que cesse ce sentiment de n’être pris que pour un pigeon bon à cracher au bassinet quand on le lui dit et comment. Et j’ai eu cette idée de liste noire.

Concrètement, de quoi s’agit-il? D’une simple liste regroupant les acteurs de la japanime faisant preuve d’un comportement similaire et pour lesquels non seulement je n’achèterai plus les produits qu’ils font, mais ne les téléchargerai ni n’en parlerai sur ce blog ou simplement autour de moi. Et dans la foulée, je rendrai cette liste publique et accessible ici, afin que des gens éventuellement en accord avec mes vues puissent disposer d’une base pour mener ce genre d’action à titre individuel. Et je précise bien: à titre purement individuel. Se faire le porte-parole d’une communauté toute entière quand celle-ci est composée de millions de fragments pas forcément d’accord entre eux est au minimum une douce folie. Libre à vous donc de suivre ou non cette attitude, sachez que je ne jugerai personne à ce niveau, quel que soit le point de vue. Et de toutes manières, qu’est-ce que vous pouvez bien en avoir à faire, de mon jugement?

Revenons à nos moutons. Pourquoi faire ceci? La logique peut sembler simple: limitation des revenus de leurs œuvres, et limitation de la publicité faite autour, à travers les distributions illégales tout comme à travers les circuits « légaux » du bouche à oreille, du blogging ou de la participation à une quelconque aventure communautaire. Elle peut aussi paraitre irréalisable si non-menée à une échelle conséquente, ce que je ne veux pas faire, me voyant mal jouer les chefs d’opérettes et être obligé de condamner ceux qui n’en font pas autant que moi. Même si, soyons honnête, je souhaite vivement qu’elle soit suivie, mais ne me fait guère d’illusions à ce sujet.
Cette action à toutefois pour avantage d’agir directement au niveau individuel. Car en menant ceci, on peut au moins avoir la satisfaction personnelle de ne pas contribuer à la réussite des acteurs concernés. Et on pourra sans doute dire que je me contente de pas grand chose, mais ça me suffit.
Et mettre en ligne cette liste et ces principes permettra à ceux qui veulent faire des actions similaires d’avoir une base.

Je vais terminer cet article en énonçant de façon schématique les règles que suivront cette liste:

Seront inscrits sur cette liste noire:
- Les acteurs professionnels du monde de la japanime s’étant plains ou ayant mené une action contre le piratage.
- Les acteurs ayant fait preuve d’un manque flagrant de respect pour leur clientèle potentielle et réele, à travers leurs propos, leur travail ou leurs actions.
- Ne sont pas concerné par cette liste les acteurs ayant reconnu l’obsolescence du modèle de vente actuel et/ou ayant emprunté des voies alternative pour répondre à la demande actuelle.

Les inscrits peuvent s’attendre à ce que:
- leurs produits ne soient plus achetés
- leurs produits ne soient plus téléchargés ni visionnés d’une quelconque manière, gratuitement ou non
- leurs produits ne soient plus recommandés, critiqués ou évalués de quelque manière que ce soit

Par des personnes:
- Ayant été autrefois clients ou étant clients potentiels car intéressés par leurs produits
- Ayant été malgré cela visé par les propos ou actes des acteurs concernés ou jugeant ces propos ou actes mal venus

La liste sera mise en ligne après avoir regroupé un certain nombre de noms répondant à ces critères. Encore une fois, ceci n’est qu’une action individuelle et je ne lance pas un appel généralisé au boycott de ceux qui seront présent sur cette liste, mais offre la possibilité à ceux qui partagent le même sentiment que moi de manifester leur mécontentement à leur guise.